Dans cet article, je vais tenter d’analyser le résultat que pourrait donner cette primaire (si tant est qu’elle soit validée et unique) puis je détaillerai les raisons qui me poussent à m’y opposer fermement.

 

NB : je m’excuse par avance de souvent écrire « le candidat » pour des raisons de simplicité. Il est bien évident qu’il peut s’agir d’un ou d’une candidate.

Prenons l’hypothèse où toutes les initiatives proposant une primaire à gauche s’unifient et qu’elles recueillent un nombre de pétitionnaires suffisant, mettons 160.000 puisqu’il y a eu en 2012 environ 16 millions de votant pour le PS et la Gauche au premier tour. Ajoutons à cette hypothèse que l’organisation de ces primaires ne créent aucune polémique autour d’elle (rappelons-nouscelle du PS en 2007).

2 possibilités principales s’offrent à nous :

1 – Le PS participe à ces primaires : probable mais les statuts du PS l’obligent à organiser les primaires au moins 1 an avant l’élection présidentielle. Il est donc possible que le PS se charge d’organiser des primaires un peu plus larges. Rappelons que lors des dernières primaires, il y avait le PS mais aussi le PRG déjà, c’étaitouvert.

2 – Le PS ne participe pas à ces primaires

Dans le second cas, il y a aussi deux alternatives jouant sur le résultat :

2-1 : Mélenchon participe, or il vient d’annoncer qu’il n’irait pas

2-2 : Mélenchon ne participe pas

Prenons comme base de travail les résultats de 2012 au 1er tour à Gauche en rappelant que le 2nd tour a donné 18 millions de votes pour Hollande et 16,9 pour Sarkozy :(Voir tableau ci-dessous)

Cas 1, avec le PS. Même s’il y a érosion au PS, et il y en aura probablement une, l’esprit de corps est une chose bien trop ancrée chez eux. Regardez des gens comme Filoche encore au PS malgré leur opposition constante à ce parti. Estimons gentiment une érosion de 25% (et je pense que c’est très large).

Dans ce cas, bien évidemment, le PS ne présentera qu’un seul candidat évidemment. Ils manquent de stratégie mais ne sont pas suicidaires, le front républicain fonctionnera à l’intérieur du PS comme il a fonctionné à l’extérieur. Que ce soit Valls ou Hollande, il recueillera donc 49% des voix de cette primaire contre le reste des candidats. Un second tour entre le candidat du PS et le candidat arrivé second le consacrera.

Bien, donc cas 1 : le candidat du PS est choisi.

Cas 2-1, sans le PS mais avec Mélenchon. Là encore, le rapport de force est sans équivoque mais il faut se rappeler que le Front de Gauche est fragile. Le PC est capable de tout saborder pour s’allier avec le PS ou de poser des bases de négociations pour se réserver les places aux législatives contre la place de candidat à la présidence (ce qu’ils ont fait avec succès en 2012). Et notons que Clémentine Autain (Ensemble, membre du FdG) trouve, elle aussi, cette primaire irréaliste dans son article de regards.fr.

Bref, on verra probablement Mélenchon en sortir vainqueur avec ou sans le PC.

Voyons enfin le cas le plus probable si cette primaire avait lieu : une primaire sans le PS ni Mélenchon.
D’abord, s’il n’y a pas Mélenchon, il n’y aura pas le PG, s’il n’y pas le PS, il n’y aura pas le PC non plus. Bref, pas de FdG.

Donc, dans le cas le plus probable, on va sortir un candidat du chapeau (pourquoi pas Piketty, ce serait sympa mais autant que Eva Joly en 2007 était sympa mais contreproductif) qui pourra compter sur au moins 4% de voix et si on est vachement sympa, on rajoute une partie des déçus du PS qui n’iront pas chez Mélenchon. Bref, il ne fera pas 10%.
Conclusion de cette première partie : on aura un candidat du PS, on aura Mélenchon et éventuellement un candidat des primaires.

Cette conclusion est déjà en elle-même une raison pour ne pas participer à cette primaire. En effet, le résultat, quelle que soit l’hypothèse ne change pas grand-chose à ce qui était prévu avant cette primaire.

Je rajoute les raisons suivantes à mon opposition à cette primaire :

  • Le coût de cette primaire sera supporté par qui ?
  • L’organisation de cette primaire sera supportée par qui ? A ces deux dernières questions, la seule réponse possible est que ce seront les partis qui seront majoritaires dans l’organisation, par défaut. Comme ça l’a été avec d’autres tentatives comme les chantiers d’espoir. Et les travers que ça amènera.
  • En fonction de qui sortira, est-ce que l’on aura vraiment l’unité derrière le candidat ? Si c’est un PS, Mélenchon votera pour Valls ? Si c’est Mélenchon, Cohn Bendit votera pour JLM ? Soyons sérieux 2 minutes. Et si c’est Piketty, je l’adore et je voterai pour lui, mais il fera 2.31% car personne ne connaît Piketty à part nous. L’immense majorité des français ne connait ou ne veut connaitre Piketty. C’est la loi TF1 pas France Culture.
  • Perte de temps énorme, la présidentielle est chronophage et coûte extrêmement cher pour aboutir à l’élection du monarque qui, dans la Vème, a finalement assez peu de pouvoir s’il n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale.
  • La primaire occulte et met de côté les législatives. Or s’il y a bien un moyen de peser sur le pouvoir c’est d’avoir des députés. J’ai cité l’exemple du PC en 2012 qui a préféré avoir 7 députés qu’un candidat à la présidentielle. 1 député élu, c’est 1/577ème du pouvoir de l’Assemblée. 20 députés, c’est un groupe parlementaire, 289 députés c’est le pouvoir quasi absolu. La présidentielle est un miroir aux alouettes, la primaire est son manche.

 

 

 

Conclusion générale :

Il n’y a pas grand-chose de plus à ajouter. Ces initiatives pour des primaires à gauche partent probablement de bons sentiments mais peut-être aussi d’égos surdimensionnés qui pensent trop en se rasant le matin mais elles occultent la seule possibilité pour les citoyens de Gauche de prendre le pouvoir : les législatives.

Une élection législative est accessible à un collectif citoyen. On a les moyens, en collectif de faire une campagne locale, de la financer, de parler aux gens de leurs problèmes et des solutions possibles. En plus IDéA est là pour donner un coup de main bénévolement. Et, encore une fois, 1,20 ou 289 citoyens députés, c’est juste possible !

Je vais à une réunion d’initiatives citoyennes la semaine prochaine à Saillans. Saillans est un bel exemple de réussite de collectif citoyen ayant pris le pouvoir. Le pouvoir n’étant pas la dictature, le pouvoir c’est la capacité de faire !

Alors soyez sympas, laissez tomber ces primaires inutiles et consacrez-vous à ces élections législatives d’abord.

La Gauche Citoyenne au pouvoir !

 

NB : Merci à Christophe pour son travail préliminaire sur les stats

Emmanuel Chaumery